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 What we were, what we've become. [PV Akemi] [SUJET SENSIBLE]

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MessageSujet: What we were, what we've become. [PV Akemi] [SUJET SENSIBLE]   Mar 30 Juin - 2:13

[HRP : Obviously, puisque j’ai considéré qu’Akemi et Keeki n’étaient pas des intimes, j’ai jugé normal que ma louloute appelle la tienne par son nom de famille. Que tu ne sois pas surprise, moi-même ça m’a fait tiquer. xD]

What we were, what we've become.
Akemi & Keeki ~♥

Le jour est levé, la lumière se fraie un chemin entre les volets pour s’étirer dans la chambre. C’est l’un de ces matins glacials et douloureux qui ne présagent rien de bon puisqu’ils ne sont fondés sur rien de bien heureux. Recroquevillée dans l’amas de mes draps, je tente d’esquiver les températures froides qui voudraient sans doute venir lécher chaque partie de peau que je laisserais à découvert. J’ose laisser mon bras tenter une excursion jusqu’à mon téléphone portable, posé à quelques centimètres sur la table de chevet, mais mes muscles endoloris me rappellent à l’ordre. Je grimace, serre les dents, serre le poing. J’ai la sensation d’être brisée en morceaux. Littéralement. J’ai oublié pourquoi il nous a frappées, cette fois-ci. Mais je sais que j’ai pu détourner son attention de toi. J’ai pris les coups à ta place, comme bien souvent. Tu as pleuré, tu as voulu me sauver comme tu l’as déjà fait, parfois. Mais il ne t’en a pas laissé l’occasion. J’ai encaissé, enduré ; et si c’était douloureux, c’était pour toi. Dans ces conditions, qu’importe, puisque j’ai juré de te protéger et ce sans tenir compte de la dette qu’il me faudra payer, tôt ou tard.

Dans le silence de la pièce, je réalise que je n’entends pas ton souffle. Luttant contre les mille et une aiguilles qui semblent me déchirer le corps à chaque mouvement, je me tourne vers ton lit. Des cheveux se glissent dans ma bouche, je les retire en grimaçant au goût de shampoing qu’ils y ont laissé. Et puis, je réalise à quel point je suis seule. Tu n’es pas là, pas en face de moi. Je n’entends pas un seul bruit, à l’étage. Le réveil affiche une heure tardive, presque midi. Je ne sais plus tout à fait quel jour nous sommes. Sans doute pas un jour d’école, tu n’aurais pas manqué de me réveiller si ça avait été le cas. Un samedi, alors, probablement.

Un soupir, une grimace pour m’insuffler un peu de courage, et je me redresse. Le froid hivernal ne manque pas de s’en prendre à la peau dénudée de mes bras et de mes jambes. Je n’ai pas souvenir que le chauffage ait été souvent allumé, dans notre chambre. Il fût de longues soirées d’hiver que nous passions dans le même lit, pour profiter de la chaleur de l’autre, à défaut de disposer de celle d’un appareil électrique dont l’usage ne nous été pas autorisé. J’ose quelques pas douloureux vers l’armoire, de laquelle je sors de quoi m’habiller plus décemment qu’avec mon bien trop court ensemble qui ne me sert que de tenue de nuit. Haut sombre, jean gris, j’enfile par dessus la veste de Kirisaki, avant de descendre au rez-de-chaussée. Dans les escaliers, j’attache mes cheveux en une queue de cheval, basse et désordonnée.

Le silence est le même en bas qu’il ne l’était en haut. Mon regard se pose sur chaque meuble du salon, comme si j’avais pu te louper, assise sur le canapé, installée devant la fenêtre ou au bureau. « Kuuki ? » Ton prénom lancé à la cantonade, dans une salle remplie de ta seule absence. Ma main, appuyée contre un montant de la porte, glisse lentement jusqu’à retomber contre ma jambe ; mon épaule se heurte au bois. Je ne peux quitter des yeux cette pièce déserte, qui agite quelque chose de désagréable, dans une zone encore indéterminée de mon corps. Une saveur aigre sur la langue, une sensation dérangeante, l’angoisse d’une seconde qui serre le coeur. Bras croisés sous la poitrine, sourcils froncés par la faute de ce si mauvais pressentiment, je me détourne pour rejoindre la cuisine.

La fraîcheur du carrelage, je la sens même au travers de mes chaussettes. Un frisson me parcourt, mais je ne sais pas s’il n’est dû qu’au froid. Par doute, et par rituel habituel de chaque matin, je tends la main vers le placard pour l’ouvrir, refoulant une plainte douloureuse en me saisissant d’une tasse au hasard. Tout en la remplissant d’un café encore chaud dans la cafetière, mon regard se pose sur une liste, fixée au réfrigérateur par un vulgaire aimant bleu. Oeufs, sucre -barré-, savon, café -souligné trois fois. Je bois une gorgée de café en poursuivant la lecture : essuie-tout, pommes de terre, journal. Je fais mine de m’installer à la table, mais un nouveau morceau de papier attire mon regard. Posé en plein milieu, sous le bord d’un verre vide, qui semble n’avoir servi à rien sinon tenir le feuillet immobile.

En m’y penchant, je reconnais ton écriture, ronde et délicate, bien plus appliquée que la mienne, que nos camarades -et même les professeurs- aiment à comparer avec celle des médecins. Soucieuse, j’abandonne ma tasse afin de lire ce que tu m’as laissé. « Bonjour, Keeki ! Bien dormi ? J’ai une surprise pour toi, regarde ton téléphone si ce n’est pas fait, tout y est ! Je t’appelle tout à l’heure ! », le tout accompagné d’un petit coeur parfaitement dessiné. Évidemment, tu as joué la carte de la sûreté. Il ne sera pas rentré avant un long moment, mais tu as été prudente.

Je me saisis du papier et le fourre dans la poche arrière de mon jean, en remontant les marches de l’escalier, deux par deux, ou peut-être trois par trois, je n’ai pas vraiment fait attention. Dans la chambre, je crapahute à quatre pattes sur le lit pour attraper mon cellulaire, et m’empresse de le déverrouiller. Un message, mais aucun appel pour le moment. Je fais défiler le contenu, plus difficilement à chaque mot. « Keeki, cette fois c’est la bonne, cette fois on part, loin ! J’ai compté notre cagnotte commune cette nuit, après ce qu’il s’est passé… J’y ai ajouté mes économies personnelles. Cette fois, rien ni personne ne peut plus nous en empêcher ! Je profite que tu dormes encore pour acheter deux-trois petites choses, mais on se retrouve d’ici treize heures à la gare, d’accord ? On va le vivre, notre rêve d’évasion, Onee-chan ! » Mon téléphone m’échappe des mains, rebondit une fois sur le lit, suffisamment pour se retourner et me cacher l’écran. L’instant d’après, je dévale les escaliers en enfilant mes baskets, manquant louper une marche au moins deux fois. Sur le porte-manteau, j’attrape mon bonnet, oublie mon blouson comme j’ai oublié mon téléphone, et me saisis du double des clés.

J’ouvre la porte, prête à affronter les températures basses du dehors pour te retrouver, mon bonnet enfoncé jusqu’aux oreilles, ma veste aux couleurs de mon équipe ouverte sur mon haut mais le col relevé, mes mains serrées dans mes poches dans l’espoir de ne pas être agressées par le froid. Mon souffle, saccadé par l’inquiétude et l’agitation, fait s’élever des nuages de buée éphémères dans l’air sec. J’avance dans l’allée, en tâchant de ne pas paraître trop déphasée, trop perturbée, trop effrayée, lorsque je la vois.

Cette fille de Rakuzan, que tu aimes bien, que tu m’as présentée et qui m’a parue tout de suite sympathique, sans pour autant qu’elle ne me donne plus envie de la connaître. Je ne réfléchis pas, je m’élance vers elle. Je tente à nouveau de dissimuler mon trouble, pour autant je ne peux m’empêcher de la saisir par les épaules, les mains tremblantes. « Aoki ! Aoki, s’il-te-plaît, dis-moi… Dis-moi que tu as vu ma soeur ! Est-ce que tu l’as croisée, est-ce que tu sais où est-ce qu’el- » Je m’interrompt. Brusque changement, silence après mes supplications, brèves et angoissées. Je sens que quelque chose ne va pas. « Aoki ? » Ma voix s’est brisée, sans que je ne sache tout à fait pourquoi. Je n’ai pas pu retenir l’éclat aigu qui a entrecoupé le nom de ton amie. Tout comme je n’ai pas pu empêcher mes mains se de resserrer légèrement sur ses épaules, comme pour ne pas perdre pied.

A cet instant, sans un mot, je sais déjà que tout ce que nous étions ne sera plus. A cet instant, sans un mot, je sais au plus profond de moi que je ne te reverrai pas.


Dernière édition par Nagareboshi Keeki le Sam 15 Aoû - 7:08, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: What we were, what we've become. [PV Akemi] [SUJET SENSIBLE]   Mer 8 Juil - 15:46

What we were, what we've become.
Akemi & Keeki ~♥

Enthousiasme : Émotion puissante qui s'empare de quelqu'un à propos de quelqu'un ou de quelque chose et qui se manifeste par des signes extérieurs d'admiration, de contentement ; exaltation. C’était exactement ce qui avait comme explosé devant elle, la petite fille fragile et malade, à l’approche de son amie de Kirisaki – la seule et l’unique, d’ailleurs. Tôt ce matin, alors que les magasins n’étaient pas encore tous ouverts, le portable d’Akemi avait vibré à plusieurs reprises, la tirant d’un sommeil léger. Sa délicate main pâle, trop pâle, c’était alors emparée de son appareil, enjoignant ce dernier à lui faire savoir la raison de ce réveil inopiné.

Un sourire avait tout de même envahi les lèvres gercées et blafardes de la jeune Aoki alors qu’elle dû lire à plusieurs reprises le contenu d’un message envoyé par Kuuki, afin d’être sûre et certaine de la signification profonde de ces mots, employés avec apparemment tant de joie que la blonde pouvait sentir la chaleur de cette bonne nouvelle lui parvenir presque aussitôt également, du bout des doigts. Immédiatement, elle avait plongé sous sa couette épaisse dans le but d’appeler directement la concernée et partagée avec elle son bonheur. Kuuki décrocha presque immédiatement et les deux jeunes filles discutèrent un bon moment, pour leur plus grand bonheur.

Elles s’entendaient plutôt bien, toutes les deux. C’était sans aucun doute l’une des raisons qui faisait qu’Akemi n’avait alerté personne ‘d’adulte’ du départ anticipé de son amie et de la sœur de cette dernière. Elle comprenait parfaitement leurs motivations et ne pouvait cautionner le fait qu’elle reste plus longtemps avec un individu pareil en guise de père. Lorsque Kuuki, la première fois, lui avait fondu en larmes dans les bras en se confiant à elle, l’Aoki n’avait sûr que dire. Elle avait toujours connu la protection de sa famille, tant de par ses parents que de ses ainés, aussi se mettre à la place de la demoiselle ne fut pas chose facile. Pourtant, avec toute sa douceur et son empathie, Akemi avait réussie à la faire se calmer, l’avait écouté longuement sans l’interrompre et l’encourageait même ans sa démarches, allant même jusqu’à proposer l’aide de ses frères, si besoin est – même si ce dernier point fut refusé par la Kirisaki.

Ce matin était la dernière occasion qu’elles auraient toutes les deux – probablement avant très longtemps – de faire les boutiques dès l’ouverture, ensemble. Elles l’avaient déjà fait quelques fois et bien qu’Akemi n’y avait pas été habitué, cela ne l’avait pas dérangé  plus que cela. C’était même.. .vivifiant, par certains aspects. Et puis les boutiques étaient bien souvent désertes à ce  moment de la journée et la foule absente laissait beaucoup d’espace et de confort aux courageux ayant osé braver les premières heures de sortie.

Sur la pointe des pieds, l’Aoki était donc sortie de sa chambre, tâchant de faire le moins de bruit possible. Cette nuit, elle avait dormi chez Mahiro – enfin, dans l’un des nombreux appartements de ce dernier -, profitant d’un petit moment avec son frère et sa nouvelle belle-sœur, Stain. Ils avaient dîné tous les trois et la petite blonde s’en était trouvé plus que ravie. Maintenant plus que jamais, elle voulait profiter de ce que la vie pouvait encore lui offrir. Le verdict récent des médecins, plutôt que de lui plomber le moral, l’encourageait à mordre les opportunités qui se présentaient à elle à pleines dents et de laisser la joie la guider autant que faire se peut.

Voici pourquoi elle fit très attention de ne réveiller personne alors qu’elle finissait de s’apprêter, chaussant de splendides petites chaussures beiges assorties à sa robe. Elle prit soin de rajouter un gilet par-dessus ses épaules, au cas où il ferait trop froid pour elle – attraper un bête petit rhume n’était absolument pas recommandé pour elle, en l’occurrence – et quitta l’appartement sans un bruit pour ne pas déranger qui que ce soit.

Parvenue à l’endroit d’un rendez-vous fixé à la vas vite avec son amie une dizaine de minutes plus tard, Akemi n’eut guère à attendre très longtemps avant que Kuuki n’arrive, brillante d’un éclat qu’elle avoua intérieurement lui envier. Oh ,si seulement elle pouvait autant croire à son avenir que la demoiselle ici présente… Si seulement. Si seulement. Si seulement.

Elles avaient marchés plus d’une heure et demi durant, parlant de tout et de rien, promettant de s’échanger des mails sur des boîtes de messageries neuves afin que l’on ne soupçonne rien. Akemi souhaita à plusieurs reprises bonne chance à son amie, qu’elle voyait déjà s’envoler loin d’elle, comme beaucoup l’avait fait, le faisait et serrait amené à le faire encore tandis qu’elle garderait les pieds rivés au sol, comme enchainés à son destin, sa fatalité, sa maladie. Cependant, elle avait souri et mit de côté sa propre amertume pour à sa façon souffler dans les voiles de Kuuki et l’aider à avancer toujours plus. Si elle n’avait pas le droit de rêver, alors elle aiderait les autres à le faire pour elle, pour eux.

Et puis il y eut ce crissement désagréable, incisif aux oreilles.

Immortels : Qui n'est pas sujet à la mort. Akemi se l’était souvent représenté ainsi. A son sens, ses proches étaient en quelque sorte immortels puissent qu’ils lui survivraient. C’était écrits, obligatoire, logique, dans l’ordre même des choses passées pour futures. Que ce soient ses amis, ses frères ou toutes autres personnes de ses connaissances, bien que l’Aoki savait pertinemment qu’ils tutoieraient tous la faucheuse un jour, s’évertuait à se persuadé qu’elle n’aurait le malheur de n’aller à aucun de leurs enterrements. Ce n’aurait pas été logique, ils avaient encore tant de belles choses à vivre, tous… Elle n’avait plus que dix ans dans le meilleur des cas, comment les choses pouvaient tournées autrement que par son départ primaire ?

Et pourtant, et pourtant, et pourtant… Ses larmes coulent, roulent sur ses joues creusées par son mal, viennent mourir sur le bitume sale sur lequel se sont écorchés ses genoux lors de sa chute précédente. Akemi n’avait pas réalisé totalement encore. Elle n’en avait pas eu le temps, à vrai dire. Sa respiration, lente mais profonde, manquait de vie, de chaleur. Le froid se creusait une tanière confortable dans ses entrailles, la gelant sur place. Un secouriste vint la remettre debout, lui demanda son nom, mais elle fut incapable de répondre. Prostrée dans un carcan de choc, la petite demoiselle tremblait alors qu’elle tâchait de se remémorer la scène, de rassembler ses souvenirs récents, éparpillés comme une fausse litanie dans sa tête.

Comme si rien de tout ceci ne pouvait être réel. Si seulement, si seulement, si seulement.

Puis, des secousses près d’elle la tire de sa torpeur éveillée. Aoki. Aoki. Aoki… ? Oh, oui, mais c’est elle, Aoki. Aoki Akemi. Elle cligne des yeux à plusieurs reprises, essaie de voir ce qu’il lui arrive. Devant elle une silhouette. Elle croit la reconnaître.« …Kuuki ? »

Non. Non. Non. Ce n’est pas Kuuki. Keeki. Oui, voilà, c’est elle. Keeki. La sœur de son amie. La sœur jumelle. La moitié de son existence, la moitié de ce qu’elle est… était ? Non, un instant. Akemi se prend la tête entre les mains, sanglotant de nouveau. Elle se souvient de tout. Ça fait mal, tout lui fait mal.

Elle revoit la voiture qui dérape et mange le trottoir où elle déambulait en riant avec Kuuki. Elle revoit ces phares allumés en plein jour alors qu’ils lui fondent dessus. Elle se revoit se disant qu’elle va mourir ici, finalement. Et puis… Et puis il y a cette main. Cette main chaleureuse qui lui agrippe fermement le bras et la tire vers l’arrière, la poussant plus loin et la faisant tomber et s’écorcher les paumes des mains.
Lorsqu’elle avait repris conscience, des secouristes et des riverains se tenaient là, faisant de leurs mieux pour aider. Mais aider qui ? Elle. Elle et Kuuki. Kuuki qu’elle voit à même le sol. Kuuki qui ne bouge plus d’un cil. Kuuki qui est… ? Non. Akemi refuse. Non. Elle. Ah. Sa tête lui fait mal. Ses lèvres tremblent, elle ne sait plus où donner de la tête. Finalement, les mots viennent d’eux même.

« Je… Je n’ai… Je n’ai pas compris. Je ne sais pas. Oui je- Kuuki… Oui je l’ai vue… On était ensemble et maintenant… Maintenant je ne comprends pas je… » Ses yeux déversent encore plus de larmes, la rendant laide, encore plus que son teint maladif ne le soulignait jusque-là. Sa tête s’oriente d’elle-même vers l’endroit où gît Kuuki alors que des hommes en blancs rabattent une couverture tout aussi blanche sur elle. Son doigt se lève  dans cette même direction, elle tremble. « Je crois… Je crois qu’elle dort… »

Elle ne veut pas admettre la morsure de ce destin, le couperet de cette vie n’en finissant jamais d’être une bâtarde avec ses propres enfants. Oui, Kuuki ne fait que dormir, n’est-ce pas ?
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MessageSujet: Re: What we were, what we've become. [PV Akemi] [SUJET SENSIBLE]   Sam 25 Juil - 4:42

[HRP : Si tu savais... si tu savais tous les feels que j'ai eu au moment de relire ton post, au point de me dire "Bordel, je vais jamais réussir à répondre, je vais me noyer dans mes larmes avant." :'D Par contre, je crois que j'en ai fait beaucoup... Dis-toi que j'ai dû me restreindre pour ne pas écrire plus. Mon prochain post sera bien pire encore, en théorie. (pas en quantité, mais en feels, sans doute) *crève*]


What we were, what we've become.
Akemi & Keeki ~♥

L’air est glacial, sec, il mord mes mains agrippées à ses épaules comme au dernier pilier qui raccroche à la vie. J’entends du bruit, partout, je distingue des lumières qui jaillissent et clignotent, mais je ne les vois pas vraiment. Je suis toute entière concentrée sur elle, elle qui détient la vérité, elle, perdue et au regard éteint. Comme si cette vérité était trop… trop tout pour être vraie. Je me sens trembler, je me sens vaciller, je me sens faillir quand elle m’appelle par ton prénom. L’espace d’un instant, je t’entends presque rire, comme à chaque fois que ceux qui nous entourent nous confondent l’une avec l’autre. Nous sommes pareilles, les mêmes, comme toujours, si l’on oublie que ton sourire illumine chaque pièce que tu traverses là où ma présence se remarque aussi peu que mon absence. Tu marques les esprits, les ébranles, là où je ne les fais même pas frémir, vaciller comme la plus légère des brises le ferait.

Son esprit, le sien, celui d’Akemi, paraît animé d’un ouragan. Frappée de plein fouet par ses larmes et sa détresse, je la lâche, je recule. Je romps tout contact avec elle, comme si la voir voler en éclats n’allait que me blesser à mon tour, comme si la tenir allait m’écorcher les mains, m’écorcher le cœur, m’écorcher l’âme. Lentement, mon regard s’en va, s’envole, s’écoule plus loin, derrière elle, par dessus son épaule. Bleu, rouge, bleu, rouge, les faisceaux lumineux m’éblouissent, l’un après l’autre, cruels et moqueurs. Il y a la carrosserie abîmée d’une voiture, le capot tordu, l’avant encastré dans le muret à moitié effondré à présent d’un jardin du quartier. Il y a les vitres brisées, des milliers de morceaux tranchants jonchant le bitume marqué des vains dérapages des pneus qui ont tenté de freiner. Et il y a un drap, blanc, trop blanc, qui épouse les formes d’un corps étendu sur le sol. La lumière blafarde de l’hiver se reflète sur le tissus illuminé, agresse mes yeux.

Le doigt de ton amie se lève, je le suis, il ne me montre rien d’autre que cette scène d’accident tragique, à une vingtaine, trentaine de mètres, peut-être un peu plus, mais toujours en vue. Je suis calme, vidée, épuisée, apaisée, comme si l’angoisse qui m’habitait quelques instants avant n’avait pas existé, comme si elle n’avait eu aucune raison d’être. J’assiste à la scène, comme une spectatrice à une pièce de théâtre qui n’a plus vraiment de sens parce qu’elle dure trop longtemps. Le rideau aurait dû tomber depuis des lustres, mais les comédiens jouent, encore, et encore, et encore, comme s’ils ne pouvaient plus s’arrêter, comme s’il leur fallait mourir d’épuisement pour que tout s’achève enfin. Cette tragédie stupide.

« Je crois… Je crois qu’elle dort... »

Mon souffle se coupe, un instant. Le monde tourne, je vois les lumières qui vacillent, qui s’unissent, se détachent, se décomposent ; un milliard de tâches colorées qui se dessinent dans mon champ de vision, me cachent la vue et toute l’horreur que je ne dois pas voir. Je sens le froid qui m’imprègne, partout, inconscient des couches de tissus qui me recouvrent ; il s’infiltre, s’incruste, se glisse à chaque endroit qui lui fait suffisamment de place pour qu’il s’y installe. Il y a des voix, des voix, des voix indistinctes ; homme, femme, je ne sais pas, c’est ténu, c’est lointain, étouffé. Il y a mon sang qui pulse dans mes tempes et mes tympans, qui couvre tout ce qu’il ne faut pas que j’entende. L’air entre plus difficilement dans mes poumons, j’aperçois l’obscurité qui tente de me happer. Une terrible migraine me rappelle à la réalité.

Mes jambes cèdent, et c’est au grillage à deux pas sur ma gauche que je me rattrape pour ne pas m’effondrer. Je crois qu’elle dort. Je crois qu’elle dort. Où t’es-tu endormie, Kuuki ? Où es-tu, Kuuki, où es-tu ? Réponds-moi, où es-tu ? Je crois qu’elle dort. Il manque une pièce au puzzle, un indice à l’énigme. Je me refuse à comprendre ce que mon corps semble avoir déjà réalisé. Je suis frigorifiée. J’entends mes dents qui claquent, je sens les frissons qui remontent le long de mon échine. Où es-tu ? Je crois qu’elle dort. J’ose un pas, j’avance ma main contre le grillage pour m’y appuyer tout en avançant. Mon corps se refuse à bouger à nouveau. Il ne veut pas affronter ce qui doit m’être caché. Il ne veut pas affronter ce qui me détruira sans doute.

« Elle dort ? »

Ma voix n’est rien d’autre qu’un murmure, si faible que je ne suis pas sûre qu’elle ai pu l’entendre. Mon souffle a peut-être été emporté loin, par le vent, là où tous les mots meurent lorsqu'il n'y a plus personne pour les entendre. Je suffoque, je tousse. Mes poumons me font mal, le froid ne les épargne pas. Le froid, rien que le froid. N’est-ce pas ? Je crois qu’elle dort. Mes doigts s’évadent des mailles du grillage, mes jambes se remettent à fonctionner. J’avance, je frôle l’épaule de ton amie sans vraiment la remarquer. Je marche, lentement, puis ma marche devient course. Je suis muée d’une énergie nouvelle, d’une peur qui me pousse à courir pour anéantir la si courte distance qui me sépare d’un vulgaire drap blanc posé sur quelqu’un qui ne reviendra pas. Quelqu’un qui dort pour toujours.

Cette pensée me force à ralentir, et je marche à nouveau, droit devant moi, le regard fixé sur ce blanc trop blanc qui me brûle la rétine. Le noir est la couleur de la mort ; qu’espère-t-on à couvrir les morts de vie et d’espoir alors qu’ils sont partis à jamais ? Les regards se tournent vers moi, je reconnais la compassion, la pitié, le dégoût, la colère, le désespoir dans chacune des prunelles qui se pose sur moi, simple fantôme au milieu d’une tragédie. Il y a un homme, au plus près du corps camouflé. Une étincelle de rage s’allume au plus profond de moi. Je ne veux pas qu’il soit là, il n’a pas le droit d’approcher ce mort de la sorte, il doit s’éloigner, s’en aller, personne d’autre que moi n’a le droit d’être ici. Laissez-moi, laissez-moi, allez-vous en, partez.

Son regard s’attarde sur moi, lui aussi. Il me détaille, de la tête aux pieds, et une lueur qui ne me plaît pas s’installe au plus profond de ses yeux. Rien ne semble pouvoir l’en déloger. Il se tourne, lentement, pour me faire face, et je m’arrête à quelques pas de lui, comme si je me heurtais à un mur qui ne voulait plus me laisser approcher. Il y a sa main qui se lève, et il y a ton visage. Doux, souriant, n’attendant que d’offrir un trop-plein d’amour à qui voudrait bien de toi. Tes yeux sont ceux que je rencontre dans le miroir, chaque matin ; l’identique des miens. Nee-chan. Je me saisi de la carte d’identité, d’un geste vif, agressif. Pleine de rage, je reporte mon attention sur le type. « D’où t’as eu ça, toi ? » Il recule légèrement, sans doute pas préparé à faire face à la colère d’une adolescente des plus hargneuses.

Et puis, il parle. Il y a ton nom qui ressort, mêlé à d’autres mots qui ne parviennent pas à s’attacher les uns aux autres dans un ensemble cohérent. Voiture, accident, partie, des questions aussi, auxquelles je ne réponds pas, trop occupée à tenter de saisir le sens de tout ce qu’il me dit. C’est comme si mon esprit se refusait à comprendre ce qu’il cherche vainement à expliquer. Et puis, une phrase détonne, me fait l’effet d’une bombe qui explose, en plein dans mon ventre. « Il me faut quelqu’un pour reconnaître le corps. » Le silence s’installe, sourd, muet, infini. Il s’enfonce en moi, me saisit par la gorge et m’étrangle. Il menace de me briser les os, me déchirer les chairs en un seul claquement de doigts. Claquement de doigts. Makoto, où es-tu, toi aussi ? Je hoquette. Je crois que j’ai besoin de toi. L’incompréhension seule me hante. J’incline la tête, totalement prise au dépourvu. En même temps, je dissimule la carte d'identité qu'il ne doit plus toucher au fond de la poche de ma veste.

« Reconnaître le corps ? »

Il me regarde, d’un air dépité, apeuré, complètement perdu, et désolé. Désolé, mais sans doute pas autant que moi. Pardon de ne pas comprendre, monsieur. Pardon, de ne pas vouloir de ça. Kuuki, où es-tu ? Explique-moi ce qu’il me raconte, explique-moi ce qu’il veut, qu’est-ce qu’il attend de moi ? Kuuki, Kuuki, où es-tu passée ? Je crois qu’elle dort. Je le vois qui se penche et qui, lentement, retire cette fine couche de tissus blanc qui arrêtait mon regard. La vision me fige, j’ai l’impression de sentir mon coeur qui s’arrête de battre. Je me sens tomber, comme on se sent parfois tomber dans notre sommeil. On se réveille de ces chutes imaginaires en sursaut, mais la mienne ne me réveille pas. Je me retrouve au sol, en un instant. Je n’ai pas compris. Je ne comprends pas. Une douleur traverse mes genoux ; ils ont heurté le bitume trop violemment.

« Kuu...ki...? »

Tes yeux sont encore ouverts. Ils fixent le néant du ciel gris, trop paisible pour un jour comme celui-ci. L'image se grave en moi ; je sais que c'est la dernière que je garderai de toi, pour le restant de mes jours. Le sol est sibérien sous mes jambes, j’ai la sensation qu’il achève de priver mon corps de toute chaleur. Mon coeur s’emballe, mon souffle suit la cadence. J’essaie de compter mes respirations, mais elles sont trop rapides. Mes mains tremblent, mes épaules aussi. Immobile, face au verdict de l’Univers, je m’abandonne à ce poids qui m’oppresse la poitrine et m’empêche de prendre ne serait-ce qu’une inspiration correcte. Une main ferme et compatissante se pose sur mon épaule, la serre légèrement dans un geste qui se veut réconfortant. Je l’enlève, sans même adresser un regard au coupable. L’instant d’après, avec toute la tendresse dont je dispose à ton égard, mes doigts viennent clore tes paupières à tout jamais, en une ultime caresse. Mes lèvres, elles, viennent déposer un ultime baiser sur ton front, que toute la chaleur n’a pas encore quitté.

Il y a un sanglot qui remonte dans ma gorge, s’échappe de mes lèvres en un sursaut. Mes ongles s’éraflent sur le goudron. Je crois qu’elle dort. Est-ce que tu dors pour toujours, Kuuki ? J’entends une voix, qui prononce mon nom. Nagareboshi. Étoile filante. Ce nom te correspond bien mieux qu’à moi, n’est-ce pas ? Toi qui brilles d’une telle lueur qu’on ne l’oublie jamais, toi qui t’effaces à présent quand tous ont prié en ton nom. Kuuki, Kuuki où es-tu ? Notre victoire tant cherchée, tant promise, qu’en fais-tu ? Kuuki, dis-moi, tous nos rêves on en fait quoi ? On les jette au feu, on les jette aux lions, on les laisse crever comme toi tu me laisses seule ? Réponds, réponds, ne me laisse pas. Kuuki, qu’as-tu fait ? Je crois qu’elle dort. Je crois que tu m’as trahie.

La lame tranchante de la hargne me transperce et me déchire de l’intérieur. Je me relève, lentement, lourdement, comme s’il s’agissait de la chose la plus difficile que je n’ai jamais eue à faire. Sans doute n’est-ce pas bien loin de la vérité. Je n’ai pas souvenir de m’être déjà sentie si seule, perdue, égarée dans un monde qui n’est plus fait pour moi puisque la vie sans toi n’est plus rien qu’un mot vide de sens. Vie s’en est allée, Espoir l’a suivie dans sa conquête de nouvelles terres, Bonheur et Joie sont parties vers d’autres routes plus belles que celles-ci. J’ai perdu, j’ai échoué. Je devais te protéger, te protéger, te protéger. Moi l’aînée, toi la cadette ; tu devais me survivre quand moi je mourrais. Je ne suis pas faite pour vivre, Existence n’est pas un costume qui me sied comme il t’allait à toi. Tu étais belle dans les parures de l’avenir, je devais me contenter d’être une souillon fringuée dans des vieilles coutures du passé. J’étais l’ombre, j’étais dans l’ombre quand toi tu brillais de mille feux. Il te fallait briller encore, rendre mes jours plus heureux par ta présence chaleureuse et tes paroles emplies de promesses que je ne parvenais plus à te faire.

Pourquoi, pourquoi, pourquoi ?

Je me détourne de ce qui n’est plus toi, de ce qui n’est pas toi, ce qui ne peut pas être toi. Je m’en éloigne, je cours. Ma jambe heurte l’un des panneaux posés là, indiquant un accident. Tragédie, tragédie. Je crois qu’elle dort. Je grimace, je cours à nouveau. Les quelques mètres à peine qui me séparent d’Aoki paraissent interminables. Comme dans ces rêves, encore ; ceux où l’on court pour échapper à ce qui nous poursuit, mais où l’on n’avance jamais, livré en pâture à la chose qui rôde derrière nous, prête à nous dévorer. Il y a les loups derrière moi, ces loups qui descendent de la montagne pour venir dévorer tout ce qu’il reste de moi. Personne ne leur tirera dessus, personne, personne car tu n’es plus là pour les chasser d’une simple étreinte. Aide-moi, aidez-moi, aidez-moi, répondez. Quelqu’un. N'importe qui. Je crois qu’elle dort.

Elle est là, tout près. Quelques pas. Je m’effondre contre elle, secouée de spasmes. Je sais à présent qu’ils ne sont pas dus qu’au froid. Le froid n’est rien, rien quand notre monde vient de s’écrouler, de nous emporter dans sa chute pour nous ensevelir sous des milliers, que dis-je, des millions de débris desquels il est impossible de se tirer. Condamnée. Condamnée, c’est tout ce que je suis. Mon visage dans le creux de l’épaule de ton amie, mes doigts agrippés à ses vêtements, je tremble, je manque d’air, je vacille, je m’écroule comme je ne l’ai jamais fait avant. « Je… Ce n’est pas un… Ce sommeil, je… On n’en revient pas… Je crois…? » On ne revient pas d’un sommeil qui a forcé le coeur au silence éternel. Éternel. Éternel ? L’éternité, c’est long sans toi, Kuuki.

Mes mains se détachent de ses vêtements, glissent le long de ses bras ; l’espace d’un instant, je tiens ses mains au creux des miennes. Elles sont fines, fragiles, mordues par le froid elles aussi. Une goutte tombe sur l’une d’elles. Je pleure. Je n’ai pas pleuré depuis longtemps, bien des années sans doute. Je n’ai plus de raison de pleurer depuis que je me suis jurée d’être la plus forte de nous deux, d’être forte pour toi, pour nous tirer de cet Enfer. Aujourd’hui, les perles salées détruisent le barrage que des années n’ont pas entamé et que quelques minutes ont suffit à démolir. Lentement, j’étire mes lèvres, en un sourire sans doute sans joie et qui n’a pas lieu d’être.

« Elle t’a sauvée, pas vrai ? »

Un nouveau murmure, ténu. Plus aucune vie dans ma voix, ce sont les abysses qui achèvent d’anéantir mon âme.
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MessageSujet: Re: What we were, what we've become. [PV Akemi] [SUJET SENSIBLE]   Dim 2 Aoû - 23:19

Akemi est perdue dans un autre monde, un autre espace-temps. Il n’y a plus de cris, plus de pleurs. Il n’y a plus de verre en débris, plus de peur. Elle se sent si bien et si mal à la fois, alors que ce sympathique ambulancier termine de lui bander les mains. Il lui parle, il essai de la détendre, mais rien n’y fait. Pourtant, il ne semble pas s’offusquer, au contraire. Etat post-traumatique, il fait avec. Il lui sourit, lui dit que ses parents ont été appelés. Ses parents ? Quoi ? Comment ? Qui sont ses parents ? Qui est-elle ? Ah. Oui. Aoki. Aoki Akemi.
Cette identité lui avait encore échappée, glissée entre ses doigts malades et désormais engoncés dans un carcan de tissu stérile. Mais, ses parents.. comment ont-ils été prévenus ?

Toute éparpillée qu’elle est, Akemi sait au moins qu’elle n’a pas desserré les dents, pas prononcés un mot depuis que Nagareboshi est venue la voir. Nagareboshi Keeki.

Ça aussi, cela lui parait être une éternité. Estampillée de douleur et de l’arôme de la perte, cette bulle concentrée par la volonté de rester calme et en dehors de tout ce chaos précipité ne la protège bientôt plus du tout. Elle éclate, explose, ramenant Akemi à une réalité qu’elle ne voulait plus affronter. Plus maintenant. Mais elle n’a pas le choix. Elle n’a plus le choix. Akemi prend une grande inspiration, sentant les mains de Keeki et non plus Kuuki autour de ses bras. Ce changement est si brutal alors qu’elles sont jumelles. Pourquoi tant de différences, tant de choses qui changent ? Akemi ne se l’explique pas. Pourtant elle tremble. D’instinct, elle réagit. Elle sent les larmes de Keeki et non plus Kuuki dans son cou. Elle frissonne. Ses pupilles paraissent tressauter au même rythme.

Un sommeil dont on ne revient pas ? Qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ? Si. Akemi le sait. Elle n’est pas dupe à ce point-là. Elle le sait. Elle le connait, ce sommeil. Tant de fois, elle a failli être emportée par lui, tant de fois la faucheuse est venue la tutoyer. Tant de fois. Tant de fois. Tant de fois. Pourquoi est-ce toujours pareil ? Pourquoi est-ce toujours la même litanie, la même ritournelle qui se joue encore et encore, comme si on ne voulait pas la laisser quitter ce monde en paix ? Pas quitter ce monde tout court. Elle angoisse à l’idée de parler, de prononcer une parole. Elle sent ses yeux qui n’ont pas encore déverser l’entière armée de leurs soldats de larmes, soldats de plombs lacrymaux. Elle inspire, expire fortement. Mais elle échoue. Comme d’habitude. Elle échoue.

« Je suis… Oui… Elle… »

Elle l’a sauvée, oui. Mais à quel prix ? L’Aoki est prise au cœur d’un cyclone fait de sentiments contraires, d’étoiles trompeuses.

« Je suis… Je suis tellement désolée ! »

Et la voici qui s’accroche à son tour à Keeki. Elle ne s’imagine pas ce que c’est que de perde une sœur, un frère, quelqu’un d’important. Ca ne lui était jamais arrivé avant. Innocemment, bêtement, de par sa vie intensive dans les hôpitaux et toutes les horreurs qu’elle avait pu y voir, Akemi s’était dit qu’elle serait très préparer et digne le jour où cela lui tomberait dessus. Sauf que l’on ne peut jamais être préparé à ça, mêle avec la pire vie du monde. Et puis, elle était si sure d’être la première à partir de tous que cette vérité n’était même pas quelque chose qu’elle pensait voir se réaliser un jour. Elle était égoïste, salement égoïste. Et trop rêveuse aussi. Peut-être le ciel la punissait-il pour ce péché, pour ce crime ? Difficile à dire et là n’était pas la question pour l’heure.

Akemi à mal, Akemi hurle à s’en étrangler, encore, toujours. Elle se contredit elle-même. Elle aurait dû mourir. Elle ne voulait pas mourir. C’aurait dû être elle. Non, ce ne fut pas le cas et tant mieux. Il ne lui reste que dix ans à vivre à quoi bon ?! Il ne lui reste que dix ans seulement… Ces certitudes et incertitudes vrillent ses temps, compressent sa conscience, lui donnent si mal au crâne qu’elle doit fermer les yeux pour essayer d’aligner trois mots correctement. Son aura de fragilité reprend le dessus. Elle devrait être forte pour Keeki, Keeki la survivante, mais c’est impossible pour elle. A l’heure actuelle, Akemi manque de se briser à la moindre respiration.

Non, d’ailleurs, alors qu’elle prend une grande goulée d’air, elle tousse. Une fois. Deux fois. Trois fois. Plus de violence à chaque nouvelle lampée d’oxygène. Ça fait mal, si mal. Akemi connait bien cette douleur. Ses oreilles sifflent et ses doigts n’ont plus assez de force pour s’accrocher plus longtemps à Nagareboshi Keeki. Keeki. Pas Kuuki. Keeki. Akemi tousse encore, ne parvenant plus à respirer mais pleurant toujours. D’instinct, elle porte à sa bouche ses deux mains bandées ; lesquelles, bientôt sont recouvertes de sang. Le vermeil s’imprégnant dans le tissu trop blanc souille tout le bandage fait par le charmant ambulancier. L’Aoki a besoin de son respirateur, lequel gît très probablement au fin fond de son sac à main. Surement. Peut-être. Elle ne sait plus. L’a-t-elle seulement pris en partant de chez elle ce matin, si heureuse dans la brume matinale ? Et maintenant que la brume est dissipée, est-ce que cela veut dire qu’elle n’avait fait que rêver ? Peut-être que tout ceci n’est orchestré que par le monde des cauchemars. Peut-être que cette manigance réveillera Akemi en sueur en plein milieu de la nuit, qu’elle appellera Kuuki en larmes mais sera rassurée par son amie, bel et bien en vie. Oh, si seulement, si seulement la vie était aussi simple, aussi candide, aussi compatissante. Seulement non. Non, non et non encore une fois.

En attendant, Akemi est à genoux, souffre le martyr, n’arrive plus à respirer. Peut-être que son heure est venue à elle aussi et le ciel n’a pas voulu prendre la peine de l’achever trop vite ? En sachant la vie qu’il lui a fait vire jusque-là, ce ne serait même pas un fait étonnant que voici. Choc post-traumatique.
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MessageSujet: Re: What we were, what we've become. [PV Akemi] [SUJET SENSIBLE]   Sam 15 Aoû - 7:05

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What we were, what we've become.
Akemi & Keeki ~♥

Je n’ai jamais vraiment côtoyé la mort. Bien sûr, maman a quitté ce monde, mais je ne l’ai jamais connue. Son absence s’est faite ressentir, mais je n’ai jamais pleuré de la savoir de l’autre côté. Je ne me souciais jamais de la vie qui était volée à des inconnus. Hier encore, nous étions si loin, si loin de la mort et de la réalité ; il y avait les coups bien sûr, les souffles coupés sous la douleur et les sanglots retenus, mais jamais le voile glacial qui s’abat sur les coeurs quand la mort frappe. C’aurait dû être moi, Kuuki, le sais-tu ? C’aurait dû être moi, étendue sur le bitume sous le draps immaculé. Moi et mon égoïsme à toute épreuve, tu n’étais pas heureuse à Kirisaki, n’est-ce pas ? Il l’avait senti avant moi. Je t’ai toujours forcé la main, je crois que c’est de ma faute si tu en es là aujourd’hui. Je pense à toi au présent. Tu es toujours là, non ? Un sommeil dont on ne revient pas. Mais tu n’es pas partie, pas vrai ? Je crois que j’ai perdu le fil de mon esprit, il n’y a plus rien de logique dans ce à quoi je pense. Je crois que tu as volé un peu trop de moi en prenant ton envol pour ton nouveau royaume, le royaume des anges les plus beaux qui vécurent sur terre. Messagère du ciel et guide de mon âme, capitaine de mon existence, plus que quiconque tu pouvais prétendre détenir tout pouvoir sur moi. Pourquoi ne pas m’avoir jetée sur le capot à ta place ? Je tourne la tête pour regarder derrière moi, cette voiture, ce mur ruiné, cet homme complètement déboussolé en grande conversation avec un policier. C’est lui, le coupable ? Il y a une rage sourde qui gronde en moi ; je crois que je voudrais le voir mort lui aussi. Mais, moi, je ne pourrais pas le tuer. Est-ce qu’en le tuant j’amputerais une famille de lui comme il m’a amputée de toi ?

Il y a la voix de cette fille qui résonne… Cette fille, cette fille, Akemi. Je crois que mes yeux se reposent sur elle. Je ne suis pas sûre, j’étais absente pendant qu’elle parlait et que je me détournais de ce criminel. Elle s’accroche à moi. Mes mains restent immobiles, cherchent que faire, elles retombent finalement dans le vide. C’est ridicule, pourquoi c’est elle qui a mal, pourquoi c’est elle qui a besoin d’être aidée, pourquoi c'est elle qui veut que je la soutienne, pourquoi c’est à moi d’être forte ? Pourquoi c’est elle qui s’effondre, alors que j’ai l’âme et le cœur en mille éclats ? J’ai presque envie de la repousser. Elle devrait s’éloigner, pour ne pas se blesser sur les bords tranchants qu’il reste de ce que j’étais avant que l’on ne m’arrache la meilleure part de moi-même. Elle tousse, suffoque, quelque chose en moi frémit ; je devrais agir, peut-être ? Appeler à l’aide ? Je la regarde, immobile et silencieuse. Il y a toujours de l’eau salée qui coule sur mes joues ; ou alors il pleut ? Je lève la tête en direction du ciel, il est gris, mais rien de plus. Si. Un flocon de neige, qui descend des nuages, vacille devant mes yeux, et vient trouver refuge au creux des mains de l’Aoki. Les mains de l’Aoki, couvertes d’un vermeil fascinant autant qu’écoeurant, celui qui te rendait malade à tous les matchs auxquels nous prenions part, et mêmes ceux de l’équipe de Makoto auxquels nous assistions. Tu n’aimais pas ça. Tu détestais ça. Et tu détesterais voir ton amie à genoux par terre, incapable de respirer et la bouche pleine du sang avec lequel elle risque de s’étouffer, tôt ou tard. Un autre flocon tombe du ciel, vient fondre lentement dans les mèches blondes de l’infirme. Le flocon meurt, et je réalise à cet instant ; elle va mourir elle aussi ? Je ne veux pas.

Je crois que je reprends vie à l’instant où je m’accroupis pour saisir Akemi par les épaules. Une main sous son menton, je la force à me regarder. J’ai peur de la souffrance que je lis dans ses yeux. Un hoquet de terreur monte dans ma gorge et, l’instant d’après, je fais des grands signes en hurlant en direction des urgentistes. Je ne sais pas d’où me vient le courage, la force nécessaire qu’il me faut pour crier, mais je le fais, suffisamment fort apparemment pour que l’on se tourne vers moi. On comprend la situation en un regard, on court dans notre direction. Je m’en suis déjà désintéressée, j’ai mes mains sur les joues de l’adolescente, j’essuie ses larmes avec mes pouces, j’essaie de faire en sorte qu’elle ne me lâche pas des yeux ; j’ai peur qu’elle ne ferme les paupières. « M’lâche pas... » Je hoquette à nouveau, la voix brisée par la douleur, par l’angoisse qui ne me quitte plus. Ne me l’enlevez pas elle aussi, pas devant moi, pas ici, pas comme ça. Je ne la connais pas, mais elle était ton amie. Je ne veux pas d’une autre mort sur la conscience, je ne veux pas. Je ne supporterai pas la vie sans toi ; comment la supporterai-je si elle te suit ? On me saisit par les épaules, on me force à reculer et je me débats. « L-Lâchez-moi ! Lâchez-moi ! Je… Lâchez-moi ! » On me retient, fermement, je m’agite, mais de moins en moins. On est penché sur elle, on lui donne le nécessaire. Un respirateur ? J’y vois flou, pendant un instant. Mes jambes cèdent, mais je suis soutenue. J’ai un haut-le-coeur. L’instant d’après, on me relâche, et je me penche au dessus du caniveau ; mon estomac se tord pendant que je rends tout ce qu’il est possible de rendre. C’est immonde, ça brûle, j’ai le corps en feu et j’ai terriblement froid. Je tousse, je suffoque, je reprends difficilement mon souffle. On me tend de l’eau, je peine à la boire sans m’étouffer avec. De la main, j’essuie les larmes agaçantes qui envahissent mon cou, même si d’autres reviennent s’y loger sitôt après. « Elle… va bien ? » On ne me répond pas, et je n’ose pas regarder dans sa direction. « On fait le nécessaire. » C’est tout ce à quoi j’ai le droit. Et pour toi, ils ont fait le nécessaire ?

Il y a des pneus qui crissent dans l’allée, et je relève la tête vers le haut de la rue. La lumière se reflète sur le capot rougeoyant d’une voiture familière ; c’est aussi rouge que ce qui coulait sur les mains d’Akemi. Arrêté au beau milieu de la chaussée, l’engin continue de ronronner. Il y a la portière qui s’ouvre, et un homme à la carrure que je ne connais que trop bien en sort. J’échappe à l’urgentiste, et m’avance dans la direction de ce sale type ; ce sale type qui t’aura tuée, à sa façon. Je me penche pour me saisir d’un caillou qui traînait là et, de toute la force dont je dispose encore, je le lance dans sa direction. Il esquive de justesse, mais l’objet ricoche contre la vitre du véhicule, la fissure. Je crois que je souris, mais je ne suis pas sûre. Il me regarde, les yeux noirs et assassins ; j’ai sans doute les mêmes que lui à ce moment-là. J’ai toujours tenu de lui, bien plus que toi, Kuuki. Il n’y a jamais eu aucun doute là-dessus. Mais, aujourd’hui plus que jamais, je hais ce type à qui je ressemble tant. Il n’y a jamais eu plus de haine, de dégoût et d’accusations dans ma voix qu’à l’instant où je m’adresse à lui, alors que j’avance toujours dans sa direction, déterminée et poings serrés. « T’étais où pendant tout ce temps ? T’étais aux putes ? » Il me regarde, sans comprendre, mais aucunement choqué. Il sait combien je peux lui répondre. Ce n’est pas la première fois. « T’étais où, PUTAIN D'ENFOIRÉ ?! » Je réduis à néant les derniers mètres qui me séparent de lui, et le coup part. C’est violent, c’est précis, mais aucunement calculé ; le fruit d’une impulsion, finalité de tant d’années à souffrir de ses pulsions, à lui, toutes ces années douloureuses. C’est mon poing fermé qui est parti heurter son nez de plein fouet ; il a baissé la tête ensuite en le tenant. Il y a des gouttes écarlates qui sont tombées au sol. Et moi ? Moi je regarde ma main, prise au dépourvu par mon propre geste.

A nouveau, on m’attrape le bras, on m’attire en arrière pour m’éloigner de mon géniteur. Ranimée, je tente de me jeter sur lui, on m’en empêche. Je suis sûre que mes yeux lancent des éclairs à ce moment-là. « T’es qu’un connard, un putain d’enculé ; c’est de ta faute, ta faute tu m’entends ? » J’éclate de rire, un rire acerbe, venimeux, un rire complètement fou qui briserait n’importe qui. Même lui paraît ébranlé, pour la première fois, en seize ans. « C’était ça que tu voulais, non ? Te débarrasser de nous, fils de pute ? » C’est lui qui lève la main sur moi, cette fois, mais il est arrêté par l’homme qui m’empêche de faire la peau à ce bâtard à quelques pas de moi. « T’as réussi à te débarrasser d’elle, tu vas faire quoi maintenant ? Te branler sur ce qu’il reste d’elle pour savourer ta première victoire ? » Il parvient à passer outre la barrière de l’urgentiste, et il me frappe. C’est juste une claque, mais mes jambes cèdent une nouvelle fois. Je tombe au sol, et m’écorche les mains. Ma joue me lance, mais je n’en fais rien. Je regarde l’assassin dans le blanc des yeux, l’espace de quelques instants. Et puis, d’un coup, je me relève et tourne les talons. J’échappe à tout et tout le monde, je cours trouver refuge à l’intérieur, dans cette maison à présent trop vide pour ce qu’il reste, pour ceux qui restent. Les escaliers, je les monte quatre à quatre ; la porte de notre chambre, je l’ouvre à la volée. Il y a mon téléphone, là, sur mon lit ; je m’en saisis. J’aimerais que l’on m’apprenne que c’est une blague. Caméra cachée, acteurs, sosie, ce genre de choses, tout ce qui pourrait me ramener à une vie normale en quelques minutes. Mais rien de tout ça, toujours ce message, ton message qui danse devant mes yeux quand je déverrouille l’écran de mon téléphone.

Je pianote, compose un numéro. La voix monocorde m’annonce qu'il n’est plus attribué ; je recommence, la réponse n’est pas différente. Je me sens à nouveau défaillir. Alors, il m’a abandonnée lui aussi, cet ami d’enfance, ce meilleur ami de toujours ? Shun, Shun, bon sang, comment… Comment, pourquoi ? J’essaie, encore, même si je sais au fond que ce sera toujours pareil. Il est parti sans rien dire, il m’a laissée derrière et m’a oubliée. Déjà ? Ne m’aimait-il pourtant pas ? Je frappe le mur, j’entends quelque chose qui craque. La douleur remonte le long de mon bras, jusque dans mon épaule. Je serre les dents, les larmes redoublent et inondent à nouveau mes joues. Sans attendre plus longtemps, je m’engouffre dans la salle de bains, je la ferme à clé, et puis je pose mon téléphone sur le bord du lavabo. Pendant un instant, j’observe mon reflet dans le miroir. Pâle, les yeux bouffis, rouges de larmes, les cernes creusées, je suis plus maigre que jamais ; plus laide que jamais. Je déglutis, j’ouvre le robinet, et me penche pour boire à grandes gorgées. Il y a mes cheveux qui sont trempés, je ne les empêche pas de se mêler à l’eau dans le lavabo. J’ai perdu mon bonnet ; peut-être quand il m’a frappée ? Je fais couler de l’eau au creux de mes mains, m’en asperge le visage. Le robinet continue de couler pendant que je m’éloigne du lavabo. Je fais les cent pas dans la salle de bains, comme une lionne en cage, une putain de lionne affamée à qui on a arraché ses petits, chair de sa chair et sang de son sang. Je réclame justice, y en aura-t-il jamais ?

âmes sensibles et gens qui vont mal, je vous arrête tout de suite, NE LISEZ PAS. Sujet trash, violent, quand ça touche au suicide c’est pas beau. Je vous aurais prévenus.:
 
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MessageSujet: Re: What we were, what we've become. [PV Akemi] [SUJET SENSIBLE]   Jeu 27 Aoû - 15:08

« Tu ne partiras plus ! »
« C’est fini, les sorties ! »
« Franchement, tu n’imagines pas la peur que tu nous a fait, Akemi ! Non mais qu’est-ce qui t’as pris à la fin ?! »
« TU NE SORTIRAS PLUS SANS AUTORISATION DE MA PART. »

Tous. Ils l’avaient tous réprimandée, aux urgences de l’hôpital où elle avait été emmenée de force. Non, à vrai dire, Akemi n‘avait même pas lutté face aux urgentistes et autres médecins. C’aurait été inutile, elle le savait bien. Perdue, certes, mais pas sotte pour un sou. La jeune fille était encore lucide, si lucide. Sans doute trop pour son âge, trop pour ce qu’il vient de lui tomber sur l’arête des mâchoires, sur les aspérités inexistantes de son petit dos incapable d’en supporter tant. La vie avait de nouveau été une garce maquillée par des fards de bonheurs éphémère. Et un coup d’eau sur le visage de ce jour, tout avait disparu. Il n’y avait plus ni couleurs, ni dégradés si beau à regarder, plus rien. Rien si ce n’est le vide, le froid. Rien si ce n’est l’absence, l’effroi.

Mahiro lui avait crié dessus lorsqu’on lui avait enfin trouvé une chambre. Elle ne l’avait pas regardé dans les yeux. Le sol lui avait paru bien plus intéressant. Plus que jamais. Et dire qu’avant elle faisait tout pour ne pas y laisser ses yeux se promener, préférant fixer ces derniers sur l’horizon, sur le ciel qu’elle pensait bientôt ne plus voir lorsqu’elle-même serait prisonnière du sol qu’elle ignorait tant bien que mal. Aujourd’hui, une fois de plus, les choses s’inversaient. Comme quoi, il suffit de bien peu pour retourner un contexte, un univers, mais plus précisément ici un individu. Akemi est ballotée de ci de là, prise par des évènements qu’elle ne comprend toujours spas. La mort ? Quelle mort ? Pourquoi la mort ? Elle savait pour la sienne, mais pour celle des autres. Elle a l’impression de redécouvrir le monde et c’est douloureux, ça ne lui plaît pas. Pour un peu, elle souhaiterait presque revenir en arrière, redevenir pour un instant cette demoiselle sucrée, faible et sans saveur. Juste pour ne plus sentir cette piqure de vie, juste pour ne plus souffrir.

Non. Non, elle ne doit pas. S’abaisser à ce genre de souhaits n’est pas digne d’elle, pas après tout ce qu’elle a traversé pour y parvenir. Akemi n’a que trop souffert. Trop souffert pour en arriver là. Reculer serait échec. Et l’échec, elle ne l’a que trop connu pour ne pas en haïr le gout, le parfum, la fragrance ferreuse sur sa langue et dans les tréfonds de sa gorge. Alors l’Aoki clos ses paupières et tâche d’apaiser ses tremblements. Son frère le plus âgé continu de pestiféré. Elle ne l’écoute plus. Plus depuis un long moment. Elle comprend, pourtant. Il n’a fait que s’inquiéter et s’exprime ainsi. C’est même une marque de privilège certain. Mahiro ne s’égosille pas tant d’ordinaire, c’est un japonais pur souche, c’est certain. Il est élégance et respect, il est majesté et convenance. Pas comme Akemi. Akemi qui se sent tout de même défaillir, petit à petit.

Finalement, il part. Non, mieux. Ils partent tous. Tous les membres de sa faille venus la voir. Ses parents, ses belles sœurs, ses frères, ses neveux et nièces ayant presque son âge. Ils lui affirment qu’ils reviendront la voir demain, qu’elle doit rester en observation cette nuit. Bien. Bien. Partez. Vite. Partez se retient-elle te dire. C’est la première fois que cela lui arrive mais Akemi veut être seule. Seule avec elle-même. Seule pour réfléchir. Assise sur le rebord de ce lit, misérable, elle attend que les infirmières viennent changer les pansements de fortunes que les urgentistes lui ont fait sur place. En soit, elle n’a presque rien, uniquement de petites égratignures. Et pourtant elle continue d’avoir mal. Sa gorge ensanglantée ne lui attire que des problèmes, décidemment. Les antidouleurs ne font plus autant effet mais elle ne peut plus en ravoir avant le lendemain matin minimum. Risque de surdosage mortel avait dit les médecins. Poison pour le sang, pour le corps. Poison. Poison. Poison. Surdosage. Poison. Surdosage. Pois-…

Un sursaut la prend soudain. Un flash. Elle se souvient. Ses lèvres tremblent, ses larmes coulent de nouveau. Le flux lacrymal nettoie son visage de la torpeur, pousse au loin ses mauvaises pensées post-mortem. Elle ne pense plus alors à Kuuki, son ami. Elle pense à Keeki. Keeki. Keeki. L’autre Kuuki. Sa sœur jumelle. Il faut qu’elle la retrouve. Des flashs lui reviennent. Elle sent sa respiration qui s’accélère. Elle voit les lumières qui dansent et virevoltent en danseurs viennois dans l’ambulance où elle a été emmenée. Elle a conscience de se dire qu’elle va retourner en chambre stérile – bien que ce ne fut guère le cas – puis le véhicule s’arrête brusquement. On charge une seconde civière. Akemi se rendit compte à ce moment-là que ladite ambulance était immense dans ses proportions.

Elle se rappelle l’avoir vu alors. Keeki. Elle dort. Non. Si. Si, elle dort. Non. Non. Akemi ne veut pas. Pas une de plus. Non, pas comme elle, pas comme Kuuki. Non. Non. ASSEZ !
Akemi reprend contact avec la réalité. Elle a froid mais n’en a cure. Il fait froid, il fait sobre. Les infirmières sont passées, elle les a vaguement aperçus. Maintenant l’hôpital dort, l’activité ronronne doucement dans son berceau. Akemi déglutit. Elle veut voir Keeki. Vite. Vite. Elle doit la trouver. Vite. Vite. Avant de perdre de nouveau pieds.

Ainsi elle se lève et sort de son lit. Pas de chambre stérile, elle s’empare de sa perfusion, la fait rouler et s’extirpe de ce cocon impersonnel. Elle est libre. Ou pas. Tant pis. Elle profite de l’illusion. Sa tête lui tourne mais elle n’y fait pas vraiment attention. Elle cligne des yeux et commence à arpenter le couloir sombre, son autre main glissant près du mur, comme si ce dernier lui était nécessaire pour avancer. A vrai dire, elle est un peu sonnée, ce doit donc être le cas dans une certaine mesure.

Après plusieurs tentatives infructueuses, elle trouve enfin la chambre marquée de la petite inscription « Nagareboshi Keeki ». Elle l’a trouvée. Trouvée. Trouvée. Elle n’est pas à la morgue. Non, pas à la morgue. Akemi sent ses yeux qui se remplissent à nouveau de larmes mais cette fois, elle se contient. Elle n’a pas le droit d’être ici mais… et après ? Peu lui importe. Il n’y a plus beaucoup de choses qui comptent pour elle à présent qu’elle est seule ici. Bien sûr, ce n’est que temporaire mais le résultat est le même. Doucement, elle pousse cette porte, pour mieux l’apercevoir. Elle est là, elle ne bouge pas. Dors-t-elle ? L’Aoki l’ignore. Se meurt-elle ? Très probablement. Elle a perdu sa lumière, son essentielle. Celle pour qui son cœur battait. Akemi ne s’imagine même pas pouvoir ressentir une telle souffrance un jour. Egoïstement, elle en remercie le ciel. Se perdre est quelque chose de douloureux en soit, mais alors partie par partie, lentement arrachés comme des ongles à un supplicié, elle s’en passerait bien volontiers.

Elle vient s’assoir sur une chaise près du chevet de la brune. Nouveau flash. Elle la revoit, pleine d’une fougue désespérée, aux prises avec un homme. Aux prises avec cet homme. Son père. Leur père. Nagareboshi, chef de famille. Akemi tressaute. Elle ne l’avait jamais vu qu’une fois, totalement par hasard, lorsque Kuuki l’avait invité chez elle. L’Aoki ne l’avait peut-être jamais regardé plus d’une seconde dans les yeux avant de détourner son regard mais elle se souvenait de l’impression affreuse qu’il lui avait laissé. Elle s’était sentit proie en face d’un prédateur lubrique et n’avait guère aimé cela. Bien sûr, jamais elle n’en avait parlé à quiconque, par même son amie qui avait de son mieux pour la garder de cet homme. Frisson. Elle mettait maintenant un visage détaillé sur ce plan du démon. Elle ne l’aime pas, c’est chose assurée. Il faisait constamment du mal à Kuuki, qui lui expliquait ce qu’il en était. Plusieurs fois, Akemi avait proposé à son amie de faire intervenir ses frères mais la brunette n’avait jamais voulu. La petite blonde, minuscule, se dit qu’elle aurait pu insister un peu plus, peut-être.

D’un geste instinctif, sa main vient se poser sur celle de Keeki, faisant fi des bandages autour des poignets de cette dernière. Froides. Ses phalanges sont froides, comme désertées par la vie, cette vie qui ne s’épanouit correctement ici, de la même manière qu’elle s’y éteint. Hôpital, théâtre de mille magies, de mille paradoxes, aussi. Akemi le sais, Akemi le sent. Akemi l’a vécu. Et c’est pour cela qu’elle ne veut plus le revivre. « Réveilles-toi…. Nagareboshi-sa-… Non. Keeki. Keeki réveilles toi… S’il te plait. ».

Elle ne veut plus être seule dans cette noirceur qu’elle a du mal à comprendre.
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MessageSujet: Re: What we were, what we've become. [PV Akemi] [SUJET SENSIBLE]   Lun 28 Sep - 14:56

What we were, what we've become.
Akemi & Keeki ~♥

Il fait froid, au royaume de plus rien. Il fait froid, et l’on n’a pas mal, tant que l’on n’essaie pas de nous parler. Quand on nous parle, on entend « Reste avec nous », et des voix qui veulent qu’on ouvre les yeux, qu’on serre une main, qu’on bouge les lèvres. Et, d’un coup, on a mal. Froid, et mal, ça brûle les yeux, ça brûle la gorge, et surtout ça brûle le coeur. Ça pique dans les doigts, ça force sur la poitrine, ça bourdonne dans les oreilles. Je respire. Je respire, mais trop vite, je crois. Je suffoque, j’étouffe, je tousse. Encore, on me dit de rester ; rester où ? Ça résonne, ça résonne dans le vide, et ça fait encore plus mal. Je me débats contre ce poids qui m’oppresse, me prive de souffle, m’enserre l’âme ; contre ces griffes acérées qui s’enfoncent dans ma chair. Kuuki, Kuuki t’es où ? J’ai peur. On me parle encore, on me caresse les cheveux. Il y a un bruit strident qui retentit, je hoquette, et puis quelque chose de frais se propage dans mon bras, puis dans tout mon corps. Je m’apaise, je sombre. La douleur m’a ranimée, l’angoisse m’a déchirée, je crois que j’ai hurlé. Des mains se sont saisies de moi, douces mais comme chaînes pour mon esprit. Je me suis débattue de plus belle dans l’obscurité, mes muscles m’ont fait mal, comme tranchés par un millier de morceaux de verre, un millier de rochers mal taillés. Il y a eu quelque chose qui s’est écoulé le long de mes veines, encore. Et puis, l’obscurité m’a dévorée, m’a fait reine de son royaume.

J’ai repris conscience bien plus tard, quand la nuit tombait peu à peu, dehors, par delà la fenêtre. Je n’ai pas compris où j’étais ; c’était blanc, ça faisait mal aux yeux, et ça puait les produits aseptiques. Pire que tout, j’étais seule. Et je le suis toujours. Personne n’est venu me rendre visite, dans ce que j’ai finalement associé à une chambre d’hôpital. Il n’y a qu’une infirmière, qui est passée, m’a souri, m’a pris la main et l’a tapotée d’une douceur que je ne connaissais qu’à celle qui venait de disparaître de mon univers. « C’est bien que tu sois en vie » m’a dit la femme. Je n’ai pas daigné répondre. Je me suis ratée. C’est dommage. Le bandage qui orne misérablement mon poignet est la preuve de mon échec. J’ai l’estomac en vrac, le coeur froissé, ou le contraire peut-être. Lentement, je lève la main vers le plafond ; elle a l’air pâle, translucide comme jamais. Je suis déjà morte à l’intérieur, fantôme d’une vie passée, songe d’une éternité qu’elle a quitté. Elle ? Je tente de me redresser, et je suis saisie d’un haut-le-coeur. On me glisse un récipient métallique entre les mains, et j’y crache toute la bile brûlante qui a remonté le long de ma gorge. La main de l’infirmière -elle n’était pas partie ? Je ne sais plus- me serre l’épaule, se veut réconfortante. Quand je retrouve enfin mon souffle, elle me tend un verre en plastique, rempli d’une eau insipide. Mes doigts tremblent, peinent à maintenir ledit verre sans renverser une seule goutte. Je bois ; une gorgée, puis deux, trois. Mourrai-je si je refuse de boire ? On débarrasse mes mains, on m’intime de me rallonger, je m’exécute.

Et puis, mon observation du vide reprend, les minutes passent, je les crois être des heures -mais l’aiguille de l’horloge face à mon lit s’évertue à briser mes illusions. Je ferme les yeux, dans l’espoir que les chiffres fondent, s’effacent, se meurent comme elle l’a fait. Quand je les rouvre, l’aiguille n’a fait que la moitié d’un tour, et celle des secondes paraît ralentie, plus encore que je n’en avais auparavant l’impression. Je frissonne, mes dents claquent. Je tremble comme je n’ai jamais tremblé, un sursaut m’agite. Je suis persuadée que la chambre est chauffée, mais j’ai bien plus froid encore que dans ma chambre abandonnée aux caprices de l’hiver. Ma chambre. Notre chambre. Je m’enfonce sous le drap fin qui me recouvre, m’agite pour tenter d’y trouver un peu de chaleur. J’ai l’impression que mon corps même en est tout entièrement vidé. J’abandonne, je m’immobilise sur le matelas inconfortable, je chasse la couverture qui s’en va rejoindre le sol sûrement glacial. Le tissu s’en va mourir, lui aussi, comme est mort le jour, là-bas, dehors, et comme mourra l’hiver quand reviendront les primevères. Je tousse. C’est difficile de respirer, quand l’angoisse vous prend aux tripes et vous asphyxie. Je voudrais que ce ne soit pas oasis de ma conscience, que ce soit réalité, cruelle, irrévocable, que ce soit Paix qui vienne me chercher. Car sans elle, comment vivre ? Elle est partie, a pris le tout de toujours et s’est offerte à ce qui ne veut pas de moi. Il y a quelque chose qui remonte dans ma gorge ; un sanglot que j’étouffe. L’instant d’après, j’oublie ce qui m’entoure.

« Réveille-toi…. Nagareboshi-sa-… Non. Keeki. Keeki réveille-toi… S’il te plaît. » C’est cette voix, douce, faiblarde, effrayée peut-être un peu, qui m’a tirée de l’obscurité, et puis cette main sur la mienne. Ce sont les tiennes ; ta voix, ta main. J’ai rarement connu contact si doux que le tien. Il n’y avait que le sien pour y être semblable. Le sien, celui que je ne sentirai plus jamais parce que tout s’est effacé avec son dernier souffle offert à la brise. Je voudrais garder les yeux fermés, demeurer dans un sommeil éternel, mais ta voix me force à remonter, à fendre la surface et à reprendre une goulée d’air. J’ouvre les yeux, difficilement, comme tirée d’un rêve sombre qui dura un peu trop longtemps. « Kuu- » J’ai la voix rauque, la gorge douloureuse. Mon regard cherche le verre en plastique des yeux, et ma main s’en saisit, d’un geste mécanique. Une, deux, trois, quatre. Chaque gorgée est douloureuse, mais bienfaitrice. Je me suis redressée, je suis assise presque en tailleur ; la couverture a été remise sur moi. L’infirmière est repassée ? Lentement, je relève la tête vers toi, qui te tiens là, à mes côtés. Ce n’est pas elle. « Aoki... » Non. Tu m’as appelée par mon prénom. « Akemi ? » Ma voix déraille, alors je tousse, et je parle moins fort. « Tu vas bien ? » N’est-ce pas moi, celle dont on devrait s’inquiéter ? Je cligne des yeux, comme si je ne comprenais pas. Et, à la vérité, je ne comprends rien du tout.

Je sais juste que mon univers entier s’est écroulé, en un frisson.
Un grand fracas, et puis je m’effondrais avec.
Que reste-t-il désormais ?

Je tends ma main vers la tienne, pour m’assurer que ce contact qui m’a tirée d’ailleurs était réel, et puis mes doigts remontent le long de ton bras, viennent effleurer ton visage. J’ai l’impression que toi aussi, tu es translucide, prête à disparaître au moindre vacillement de ton monde. Précipitamment, je me redresse à genoux, le verre se renverse et inonde mon matelas, je ne m’en inquiète même pas quand je me penche vers toi, sans même songer au fait que je pourrais glisser, tomber, réveiller tout l’hôpital. Mes deux mains sont à présent sur tes joues, mon regard plongé dans le tien. Qu’est-ce que je fais ? « T’es… vivante. T’es vivante, hein ? Tu- » Ma voix se brise. Elle, elle ne l’est pas. Je tremble à nouveau, mes mains glissent, viennent s’accrocher à ton vêtement d’hôpital. Tu es tout ce qui me permet de ne pas oublier ce qu’est la réalité. Je voudrais te dire de partir, pour que tu cesses de me rappeler qu’elle n’est plus, mais je ne veux plus être seule avec mes démons. « Tu… tu… tu vas partir, toi ? » Mes larmes franchissent le barrage de mes paupières, et je sanglote violemment. Pas sans elle, pas sans elle, pas sans elle. Je hoquette tant que je tousse à nouveau. « J’ai besoin d’elle, A-Akemi, je… J’peux pas... » Et je réalise. Je réalise.

Je peux pleurer. Je peux hurler. Je peux supplier.
Le ciel s’en fout, les Dieux rient bien.
Le monde tournera sans elle.
Kuuki ne reviendra pas.
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MessageSujet: Re: What we were, what we've become. [PV Akemi] [SUJET SENSIBLE]   Sam 7 Nov - 18:22

Akemi… La demoiselle avait tant de fois connu le malheur, c’était tant de fois relevée malgré l’incertitude des autres quant à savoir si sa station forte resterait ou ploierait comme un roseau aux premières brises qui voudraient se jouer d’elle. C’était difficile, c’était répétitif. Parfois, même, la vie ne paraissait pas avoir de sens, d’être tout simplement en action pour torturer les hommes, comme des pions dont on se lasse vite, se hâtant de les remplacer pour toujours plus de souffrances et de vilenies. Et puis, certains pions souffrent plus que d’autres, la chance étant une denrée plus qu’aléatoire sur ce plateau qu’est la vie. Akemi venait d’en faire – ou plutôt d’en refaire l’expérience avec cet accident. Parfois, donc, la vie semble plus proche de l’univers de Beckett, le compositeur théâtral, que d’une véritable entité bénéfique. A quoi bon ?

Non, elle ne doit pas résonner ainsi, se serait trahir tous ceux qui se battent pour elle, pour sa survie, pour qu’elle reste parmi eux. Ils sont bien les seuls à le faire, d’ailleurs. Sans eux, nul doute aucun qu’Akemi ne serait plus membre des vivants depuis bien longtemps maintenant. Elle doit croire, elle doit se relever, faire face. Il le faut, même si ça fait mal. Il le faut, même si la suite lui apparait tel un incontournable dédale. Il le faut, pour venir à bout de ce fantôme qui flotte au-dessus de toutes les têtes, le spectre de la mort. Parfois, la jeune et fragile Aoki peut le sentir, a même l’impression que ses mains squelettiques cerclent son cou. Sans doute la faucheuse doit-elle être frustrée de ne pas avoir pu de son cadavre encore se délecter. Elle est passé tant de fois à côté du gouffre, a pouvoir tutoyer cette entité mystique que l’on imagine pour pouvoir se donner courage et lutter contre son existence. Même si c’est vain, comme d’habitude.

On ne peut rien faire contre la mort.

A l’image d’une partie de ‘pile ou face’, Kuuki avait perdue et Akemi gagné. Ce n’était pas juste, pas juste, définitivement pas juste. Il suffisait d’un petit écart pour inverser le résultat, courber la balance d’une autre manière. Il n’y avait aucune justice dans les conséquences actuelles. Kuuki avait toute sa vie devant elle quand Akemi était condamnée avant ses trente ans d’après les médecins. A quoi bon s’écharner à vivre si ce n’était que pour endurer dix années qui passeraient sans doute aussi vite que les battements d’ailes d’un papillon ? Est-ce pour punir Akemi ? Pour la faire souffrir encore davantage ? Pour la torturer avec de nouveaux concepts de tortures mentales ? Ses yeux lui faisaient mal mais elle ne pouvait plus pleurer.

Non pas que la motivation lui manquait, mais elle avait asséchée ses canaux lacrymaux. Rares avaient été les fois où elle avait tant déversé de larmes. Rares. Généralement, elle s’endormait aussitôt après, comme si je simple fait de pleurer, vampire en lui-même, avait vidé son corps de toute trace d’énergie.

Sauf qu’en ce soir, en cette nuit noire, elle ne pouvait se permettre pareille sottises. Elle devait lutter, non pas contre le monde, cette fois, mais contre elle-même. Lutter, se battre contre l’endorphine, contre cette adrénaline qui finalement redescend, pratiquant sur elle l’effet d’une demi-transe. Elle ne doit pas céder, quitte à aggraver son état, elle n’en a que faire, actuellement. Il y a certes des personnes importantes pour elle, qui ne voudraient pas voir les choses s’envenimer encore plus. La douleur qu’elle ressent à chaque remplumage de son mal est atroce, presque infinie. Et pourtant, en dépit de ce qu’elle sait qu’il peut lui tomber dessus avec une quasi-certitude, Akemi ne veut plus fermer les yeux. Elle refuse d’être encore une fois la faible, elle veut agir. Agir vraiment. Ne plus se laisser porter par le vent, ne plus être cette feuille ou cet avion en papier qui ne font que suivre le parcours que la brise dessine pour eux. La brise, encore. A défaut qu’elle ne la brise, justement, il est nécessaire que L’Aoki se décide à apprivoiser ce vent, la vie. Elle soit composée avec, pour Keeki.

Mahiro, Yusei, Takara, Ryouta… Ils sont si nombreux à avoir de l’importance pour Akemi, au moins autant que eux la considère. Cependant, c’était comme si, prise dans une bulle, une intensité hors du temps, Akemi n’était plus capable de voir ailleurs qu’en face d’elle, de percevoir une autre personne que Keeki.

Keeki, oui, elle est là, elle est bien là. Elle bouge, elle parvient à se mouvoir. Soulagement. Bien sûr qu’elle l’avait su avant, l’odeur de la mort ne régnait pas dans cette chambre. Pourtant elle avait eu peur, si peur. Son cœur s’était serré alors qu’elle avait empoignée doucement la main de la jeune femme si forte à côté d’elle. Si forte…. Mais apparaissant si diminuée. L’Aoki en fut choquée. Elle qui ne connaissait Keeki que de part une seule entrevue assez brève et ce que lui en disait Kuuki à longueur de temps, n’aurait jamais pu se figurer une chute pareille pour une géante si confiante en ses propres capacités. Elle lui avait toujours renvoyée cette impression, celle d’une femme qui savait ce qu’elle voulait, que rien ne saurait faire plier, qui ne toucherait pas le sol sinon pour mieux se relever l’instant d’après. Et pourtant… La voici sur ce lit d’hôpital au blanc trop immaculé pour évoquer quelque chose de rassurant. La chute d’un géant de fer aux pieds d’argiles. C’est la sensation qu’Akemi a suite à cette vision. Où est-elle, celle qui lui semblait être un Colosse de Rhodes à sa façon ? Disparue. Oui, elle a disparue. Comme Kuuki.

Son cœur rate un battement. Oui, Kuuki a disparue elle aussi. Sauf qu’elle n’est nulle part, Akemi ne la voit pas. Alors ses yeux d’adolescente prompte à se briser se concentrent sur la sœur jumelle de cette dernière. Les mains qu’elle appose sur les joues d’Akemi ont quelque chose d’irréel, de presque invraisemblable. L’Aoki ne veut pas penser un instant qu’il puisse s’agir d’une illusion. Ses mains viennent rejoindre celle de la Nagareboshi, dans une étreinte très douce, presque un effleurement. Elle ne veut pas la brusquer. Ce moment est à elles, elles en ont besoin pour s’assurer que la réalité ne sera pas plus dure avec elles que ce fut déjà le cas.

Akemi déglutit à mesure que Keeki parle. « Je suis désolée… ». Elle sait, elle aurait dû périr et Kuuki aurait dû vivre. Pourquoi a-t-il fallut que cette dernière ne l’empoigne par le bras ? Une seconde d’inaction et tout aurait été différent, les choses ne se seraient pas compliquées tant. « Je ne vais pas partir… ». Non, elle ne laisserait rien ni personne l’emmener ailleurs qu’ici. Pas ce soir. C’est auprès de Keeki qu’elle veut être, auprès de Keeki qu’elle se sent le mieux, complète. Elle prend une grande inspiration, hésitante sur les termes qu’elle va alors employer, comme si une bombe était cachée sous une des lettres oralisées. « Je… Tu veux… Tu veux qu’on aille la voir ? ».

Oui, la morgue, quel joyeux endroit, bien sûr. Mais c’était la première chose qui était venu à Akemi, la première et unique chose, d’ailleurs. La petite poupée était décalée et ne savait pas où donner de la tête. Sauf vers Keeki. Keeki, l’ironie du sort, devenait son phare dans l’obscurité, son point d’ancrage à la réalité. A la douleur, aussi, mais qu’importe. On vit pour ceux que l’on aime, pour ceux qui nous font vivre. Keeki la faisait vivre. En cet instant, plus que jamais. De leurs deux cœurs cassés, peut-être qu’un renouveau est à espérer. « A moi aussi, elle me manque… ». Kuuki, pourquoi es-tu partie ?
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MessageSujet: Re: What we were, what we've become. [PV Akemi] [SUJET SENSIBLE]   Jeu 18 Fév - 21:54

What we were, what we've become.
Akemi & Keeki ~♥

Ça m’enserre la gorge, ça m’étouffe. C’est comme si l’air tout autour de moi était devenu brûlant au point d’incendier mes poumons, ou s’il s’était refroidi tant et si bien qu’il formait à présent des cristaux tranchants qui s’enfonçaient dans ma chair. Ou, alors, c’est qu’il s’est raréfié, de sorte à me manquer. Peut-être que ça me tuera ? Kuuki, Kuuki, viens me chercher. J’ai failli le dire à voix haute, mais j’ai la gorge trop nouée pour que le moindre son s’en échappe. Pendant un instant, j’ai senti tes mains sur les miennes. Elles sont tellement chaudes, dans un monde où tout me paraît déformais froid et dénué de la moindre étincelle de vie. Je me suis laissée aller contre toi ; j’entends ton coeur qui bat. Boum-boum. Ce n’est pas le sien. Boum-boum. Mais c’est le tien, celui de celle pour qui elle a sacrifié ses ailes… Ses si belles ailes, d’un blanc nacré, aussi pur que la neige venue recouvrir la plaine la plus sauvage. Boum-boum. C’est ton coeur qu’elle désirait voir battre. A-t-elle pensé à moi, quand elle t’a sauvée, quand elle a vu les reflets du ciel terni sur la carrosserie neuve de la voiture, quand elle a entendu le fracas tout autour d’elle, en elle, peut-être, même ? Je ne sais pas. Mais elle a pensé à toi. A toi, hirondelle fragile aux plumes tièdes qui paraissent me couvrir et me rendre un peu de cette vie que je voudrais pourtant voir m’échapper. Kuuki, Kuuki…

J’essaie de calmer mon souffle, de reprendre contenance. Mais chaque effort, chaque tentative n’est qu’un poignard supplémentaire, qui vient se loger quelque part dans mon ventre, dans le moindre de mes muscles, quelque part dans mon âme, au hasard des caprices de Maître Destin. Putain de Fatalité. Je n’y ai jamais cru, pourtant. Ça n’a toujours été qu’une putain de connerie, un putain de mythe, inventé par des putains d’effrayés qui cherchaient à se rassurer, à se dire que tout n’arrive que parce qu’il le faut. Je n’y ai jamais cru. Mais, ce soir, cette nuit et pour tous les jours à venir, je ne veux plus songer au hasard et à sa roue qui ne cesse de me donner le vertige depuis tant d’années. Les dés n’auraient pas tuée Kuuki.

Ta voix s’élève dans le silence de la pièce, jusque là inondé par mes sanglots seuls. « Je suis désolée… » Ne le sois pas, je pense, fort. Comme dans l’espoir que tu m’entendras, sans que je n’aie jamais à le dire à voix haute. Ne sois pas désolée. Ce n’est pas ce que Kuuki voudrait. « Je ne vais pas partir... » Mes doigts se resserrent un peu plus sur le tissu d’hôpital qui te recouvre, comme pour ne pas te laisser l’occasion de te contredire en un quelconque mouvement. Si tu tombes, je tombe ; si tu pars, je meurs., C’est toi, mon pilier, mon soutien, tout à coup le centre de mon univers, celle autour de qui il me faut tourner tel un satellite, tel un barrage à tout ce qui te voudrait du mal. Un peu comme avec elle. J’étais celle qui devait la protéger, celle qui devait tomber pour elle, celle qui, pour ses ailes à elle, devait brûler les miennes sur l’autel du sacrifice. Et j’ai échoué à ma tâche, comme une lâche, comme si j’avais brisé un millier de fausses promesses. Des je t’aime, des mains serrées, des sanglots étouffés, des rêves et des promesses, j’ai tout tué à être si mauvaise à tenir mes engagements. A être une si mauvaise sœur. Je l’ai tuée, elle, à vouloir trop faire et à trop croire.

J’ai l’impression de sentir la chaleur d’une main sur mon épaule, qui coule dans mon dos avec la légèreté d’un souffle de vent. Je frissonne de tout mon être, et je jette un regard derrière moi. Il n’y a rien que l’obscurité, et le faisceau rougeoyant du réveil, dont je n’ose pas regarder les chiffres, ces chiffres qui m’éloignent d’elle à chaque fois qu’ils clignotent pour faire avancer le temps. Kuuki. Kuuki. J’inspire un peu plus difficilement, j’étouffe à nouveau. Je tremble contre toi, entre tes mains tièdes et à l’allure pourtant si fragiles.

« Je… Tu veux… Tu veux qu’on aille la voir ? » Putain. Ce que ça fait mal. Qu’on aille la voir. Si les choses avaient été différentes, c’aurait été pour la voir dans sa chambre, au parc, dans un coin du lycée, ou sur un terrain de basket. Si les choses avaient été différentes, c’aurait été pour la taquiner, rire avec elle et se prendre dans les bras. Si les choses avaient été différentes, on n’aurait pas parlé d’aller voir ce qu’il reste d’elle ; une enveloppe charnelle dont je ne croiserai plus jamais les prunelles identiques aux miennes, dont je ne verrai plus les sourires qui étaient comme un phare en pleines ténèbres, donc je n’entendrai plus les mots pleins d’espoirs et rêveurs. Kuuki croyait en la vie, bien plus que moi-même. Et pourtant, la vie… la vie l’avait trahie, comme une malpropre, comme une infidèle. Elle avait vendu son âme à la faucheuse sans contrepartie ; c’aurait dû être moi, pourtant. Moi, sur le pare-choc de la voiture et contre le bitume, inconsciente, inanimée, à jamais incapable de reprendre souffle. Mais la mort l’a préférée à moi.

Un hoquet me secoue toute entière, je suis prise de soubresauts. Je me débats contre le vide pour m’extirper du lit et, dans un élan complètement fou, je me détache de toi, je me jette contre les rideaux, que j’ouvre à la volée. Et puis, j’abaisse la poignée, j’ouvre la fenêtre. Ce n’est d’une mince brèche entre le dehors et l’intérieur, mais l’air glacial de l’hiver me prend à la gorge, envahit douloureusement mes poumons. Je ne cille même pas ; je suis de toute façon trop occupée à essayer de respirer un peu mieux. Maintenant que je ne te touche plus, je me sens partir, défaillir, ta chaleur me manque soudainement.

Il y a tous ces frissons qui m’agitent, toutes ces larmes qui m’échappent à nouveau. Je me sens tellement seule, alors que je te sais si près de moi. Mais je ne te touche pas, alors je me sens loin de tout, loin de toi. Toi, toi, toi, mon centre de gravité. « A moi aussi, elle me manque... » Je ne suis plus certaine de l’avoir entendu ; quand ? Etait-ce avant ou après que tu m’aies proposé d’aller la voir ? Avant ou après que je ne me sois précipitée sur la fenêtre, comme si c’était tout ce qu’il me restait ? Je ne sais pas. Je ne sais plus vraiment.

Je tends la main, désespérément. Je crois que c’est désespéré, jusqu’à ce que je parvienne à me saisir de la tienne. J’enlace nos doigts et, tout doucement, rassurée, apaisée bien que sanglotante, je t’amène à moi. Il y a ta perfusion qui te suit, comme une ombre, comme un fantôme et, pendant une seconde, j’ai l’impression de l’apercevoir derrière toi, qui me sourit et rit aux éclats, comme elle riait encore hier et tous les jours d’avant. D’avant. D’avant ça, d’avant la tragédie. La connerie. Les larmes s’en vont se loger dans mon cou et sous ma robe d’hôpital, qui exhale autant les produits aseptiques que tout les murs, que tous les draps, que tous les appareils. Je t’attire à moi, je t’enlace et j’enfouis mon visage dans le creux de ton cou, j’inspire ton odeur de vivante comme rien d’autre au monde. « T’excuse pas… T’excuse pas, elle… elle… elle serait heureuse que tu… que toi tu sois... » Que tu ne sois pas morte. J’ai le vertige, je me retiens à toi. Mon univers tient le coup parce que tu es là. « J’ai peur… Je… Je ne veux pas penser à elle comme… comme ça. » Comme une morte. Comme une vraie morte ; comme un cadavre enfermé dans une salle blanche et métallique, là, au sous-sol de l’hôpital. Il y a cette image de son corps sur le bitume qui flotte devant mes yeux ; j’essaie de l’en chasser en plongeant mon regard embué dans le tien.

Tes prunelles sont rendues fascinantes par la douleur. Je ne parviens pas à m’en détacher, et pourtant elles me crèvent le cœur comme jamais. Je te vois si près, je te sens contre moi et ça calme les pulsations du sang contre mes tempes, ça calme mon souffle saccadé qui me faisait si mal. Ça tangue un peu moins qu’avant. Je me penche, je m’accroche à toi comme jamais, ma main glisse le long de ton bras, et mes lèvres viennent rencontrer les tiennes. Elles sont salées. Ou peut-être que ce n’est que le goût de mes larmes. Je frémis toute entière, je te serre contre moi ; ce baiser m’est étrange, je ne sais pas d’où il me vient. Pourtant, il est bien réel, tangible, et je ne veux pas l’interrompre. Même si, comme tout le reste, ce n’est plus rien qu’une vague connerie.
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MessageSujet: Re: What we were, what we've become. [PV Akemi] [SUJET SENSIBLE]   Mer 2 Mar - 12:23

Elle étouffe. Oui, elle  lutte pour pouvoir obtenir ne serait-ce qu’un peu plus d’oxygène. Akemi, déjà perdue auparavant, ne parvient plus que très difficilement à garder la tête sur les épaules. C’est comme si son esprit était une étoile, une étoile filante qui menace de la laisser derrière, de la changer en une coquille vide. Oui, ce pourrait tout à fait être le cas, on appelle ça l’évanouissement de conscience. Le corps est là, mais l’esprit se brise. Akemi n’est pas loin de devenir cette comète qui part vers le lointain, l’obscurité de l’univers afin de s’y perdre et de ne jamais plus revenir.

Pour autant… Pour autant non, il y a bien quelque chose qui la raccroche à la réalité, au monde d’où elle vient, cette réalité qui depuis jeune semble vouloir l’achever sans y parvenir. Est-ce là un syndrome ironique ? Une litanie imperceptible ? Elle l’ignore, elle ne veut pas se poser trop de questions, d’ailleurs. Les questions remuent les faits, les questions écrasent les illusions rassurantes dans lesquelles on se love pour être en sécurité, même de manière relative. Et de cela, Akemi ne veut pas entendre parler. C’est trop dur. La douleur de son corps commence à se réveiller, doucement. Son corps la picote. Elle frissonne, petit flocon de neige dans le blizzard égaré. C’est tout à fait-elle.

Mais en dépit de cette situation, en dépit de la souffrance, de la tristesse ambiante qui la maintienne éveiller comme une ancre qui empêcherait un bateau se reprendre la mer de son destin, l’Aoki admet au moins une chose : si elle a l’impression que sa vie peut faner dans les ténèbres d’un instant à l’autre pour devenir un aérolite, une lueur lui permet de rester elle-même. Une étoile filante. Et là, elle réalise, d’un coup, les faits. C’est une étoile filante qui la garde dans le monde de la conscience, oui, voilà, tout à fait. Et pas n’importe laquelle. Cette étoile filante, c’est Keeki. Nagareboshi Keeki. Une âme faite de douleur et de peine entremêlées l’une à l’autre, une âme a l’apparence de mangrove impénétrable. Mais Akemi veut tout de même essayer de plonger ses deux mains dans cet empêtrement. La fragile poupée de chair et de sang refuse d’abandonner sa consœur.

Laisser les autres derrière elle ne fut jamais un trait de caractère inhérent à Akemi, jamais. Et aujourd’hui, c’est plus que jamais le cas. Parce qu’elle avait expérimentée la souffrance. Parce qu’elle savait que, maintenant, perdre un être cher était encore plus douloureux que de se perdre soi-même. Elle comprend le ressenti de Keeki, de par sa nature empathique et son propre cœur. Oh, oui, ce cœur, ce cœur brulé par la vie, ce cœur qui fait tant écho à celui de l’autre jeune femme dont Akemi respire la présence.

A cet instant, il n’y a plus rien qui compte pour Akemi sinon Keeki.

La condamnée refuse de la perdre elle aussi, de la laisser s’évanouir dans les brumes d’un cauchemar palpable. Le crissement des pneus de cette voiture, de ce maudit véhicule, lui reviennent en tête, douloureusement. Elle frisonne, encore. Plus fort, cette fois.

Et elle a peur. Oui, Akemi est terrifiée de voir Keeki se précipiter vers la fenêtre. Elle pourrait prétendre avoir peur que la splendide brune au caractère de feu ne veuille sauter à son tour pour rejoindre sa sœur – et dans une certaine mesure, c’est bien vrai. Pourtant, il y a également cette épine qu’Akemi a dans le cœur. Cette terreur d’être de nouveau seule, d’être isolée, sans défense, sans pouvoir aucun. L’Aoki le sait, si son étoile filante décide de passer à l’acte, elle ne pourra pas la rattraper à temps, elle n’en aurait pas les capacités. Trop lente. Trop faible pour que ses petits doigts bandés puissent se refermer sur autre chose que sur du vide. La panique s’empare d’elle toute entière, en faisant un jouet, un pantin sans volonté. Ses entrailles la torture. Ses lèvres tremblent. Elle veut parler mais rien ne sort de cette gorge nouée par une sadique volonté.

Keeki. Keeki. Keeki. Ne pars pas. Ne me laisse pas. PAS TOI. Oui, voilà ce qu’Akemi voudrait dire, passant outre les codes de convenances et autre formes de bienséances. Peu importe qu’elles ne fussent pas si proches que cela auparavant, peu importe que leur seul véritable lien ait été Kuuki. Kuuki devenu météore. Oui, tout ceci ne compte plus. Par égoïsme, Akemi veut garder Keeki près d’elle. Akemi ne veut plus souffrir comme cela, jamais plus. Ses yeux, jusque-là vides, semblent se gorger d’une volonté indéfinissable, innommable.

Elle se rassure en voyant Keeki revenir vers elle. Et puis, elle réalise. Elle a été bête. Oui, les fenêtres d’hôpitaux ont des sécurité fabriquées exprès pour éviter les défenestrations. Oui, elle le savait bien, cela, en plus. Elle en rirait presque, de sa bêtise, si ses épaules n’étaient pas assaillies par le poids de la frayeur ne s'étant point concrétisé. Elle se rassure de voir l’étoile frémissante tout près d’elle. Akemi sent le désespoir de sa consœur, présentement plus que jamais. Il y a les larmes de l’astre dans son cou et les frissons qu’ils procurent à la malade sont étrangement mêlés au soulagement ressenti par ce petit corps chétif, d’aucun définirait presque comme rachitique par endroit. Mais peu importe, il n’y a plus de raison de s’alarmer, maintenant. Keeki est là, Keeki ne partira pas. Alors, le petit oiseau de verre se rassure. Peut-être ne volera-t-il jamais, oui, comme les médecins le lui on dit, mais au moins en attendant de se disloquer sous les crocs de la vie, il sait qu’il ne sera pas seul. Il sait qu’à ses côtés, il y aura Keeki. C’est bien suffisant pour faire son bonheur, pour l’heure.

Et soudainement, les larmes coulent, roulent encore. Akemi pensait ne plus en avoir, pourtant.

Encore un mystère qu’elle n’expliquera pas. Ses maigres bras se resserrent sur la Nagareboshi. Il y a tant de choses qui se passent au départ mais elle n’en a cure. Ensemble, à deux, elles peuvent profiter de ce petit moment éphémère, de cette bulle qui, certes ne les protège pas des maux du monde, mais qui au moins leur permet le luxe d’une certaine intimité dont personne n’aurait pu soupçonner l’existence auparavant. Pas même elles, sans doute.
Et puis, l’univers se fane définitivement tout autour de leurs silhouettes. Un baiser vient les lier l’une à l’autre, comme un monde fusionnerait avec un autre pour être plus fort, moins seul.

Peut-être. Akemi est surprise, très surprise. Et pourtant, elle ne lutte pas. Elle se retrouve dans cet échange, elle aussi. Son cœur avait eu plusieurs amours, dans sa vie. Takao-kun, Mizuki-kun et maintenant Ryota-kun… Oui. Mais là, c’était totalement différent. Il n’y avait pas de mot assez fort, encore, pour rendre justice à cette sensation. Elle se diffuse dans le corps de la pauvre hirondelle au plumage meurtri pour mieux lui murmuré à l’oreille que tout va bien, qu’elle peut tout simplement cesser de réfléchir et agir, pour une fois.

Oui, voilà, Akemi veut agir. Alors, elle ferme les yeux et s’accroche de façon encore plus désespérée à Keeki. Il y a une alchimie qui se transmet ici. Ce n’est même pas une question de genre, le fait qu’elles soient deux filles n’entre pas en ligne de mire. Non, c’est plus délicat que cela. C’est une sorte d’amour. Oui, voilà, deux amour brisés qui tente l’un l’autre de se recoller, d’échanger quelques morceaux dispatchés, quelques éclats de verre pour se reconstituer. Une thérapie par l’expérience du corps, en soi.

Lorsque le baiser laisse leurs souffles s’évader de nouveau vers une forme de liberté à la fois tant désirée et crainte, Akemi regrette qu’il en soit ainsi. Mais, plutôt que de se morfondre – il n’y a eu que trop de ce venin particulier déversé ce soir – la plus jeune des deux âmes prend les devants. Pour une fois. Elle guide Keeki jusqu’au lit et la fait s’allonger, délicatement. Il y a de la tendresse dans chacun de ses mouvements. Akemi tente de donner à sa consœur les sensations de chaleur que sa famille lui a toujours donnée, lorsque c’était possible. Elle ne veut pas que Keeki subisse ce froid, cette absence de douceur.

Alors, doucement, et faisant fi des horribles fragrances d’alcool qui flottent partout dans la pièce, l’Aoki se blottit à son tour contre Keeki. « On n’est pas obligées de partir, si tu ne veux pas. » Ses petites mains accrochent la robe factice de la brune, comme désespérées. « Je resterais avec toi, autant que tu le souhaites. Je ne partirais pas. » Elle tremblote quelque peu. Elle sait qu’elle ne pourra peut-être pas tenir cette folle promesse mais sur le moment, elle s’en fiche.

Tout ce qu’elle veut, c’est que Keeki sache que la douleur qu’elle traverse, elle n’y sera pas abandonnée seule. Akemi, s’il le faut, sera sa bouée pour lui maintenir la tête hors de l’eau. Quitte à se noyer elle. Parce qu’il est un adage bien connu qui dit que par amour, on ferait n’importe quoi. Il ne fut jamais aussi vrai qu’à cet instant précis, aux yeux de l’adolescente brimée. Love who loves you back.
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